OPOIAZ  Saint-Pétersbourg (1910-1920)

 

Les formalistes sont regroupés au sein de O.P.O.I.A.Z (общество  изучения поетического языка) O bchtchestvo izoutchenia Poetitcheskovo IAZyka, soit

« Société pour l’étude de la langue poétique » (“Society of poetic language studies”), créée à Saint-Pétersbourg, à l’initiative de Victor [Shklovskii] Chklovski (1893-1984), alors étudiant en littérature.

Ses membres : des spécialistes de la littérature, comme Boris Eichenbaum (1886-1959), Iouri Tynianov (1894-1943) et Boris Tomachevski (1890-1957), mais aussi des

linguistes, Lev Iakoubinski (1892-1945) et Lev Polivanov (1891-1938). En activité de 1910 à 1920, critiqué par les bolcheviks en particulier Trotsky

=> publication de plusieurs Recueils sur la théorie de la langue poétique (Sborniki po teorii poetieskogo jazyka), dont le titre sera rapidement précédé de la

mention Poetika, c'est-à-dire « Poétique ».   of . Among the members of OPOIaz were , Iu. Tynianov, ,

 

Les jeunes membres de l’OPOIAZ vont se fixer pour tâche de créer une : « science autonome ayant pour objet la littérature considérée comme série spécifique de faits », (B. Eichenbaum, dans « La théorie de la méthode formelle » (Teorija formal’nogo metoda, article publié en 1927 dans la revue Literatura) « ce qui nous caractérise (est) le désir de créer une science littéraire autonome à partir des qualités intrinsèques du matériau littéraire ».

 

« La création d’une poétique scientifique exige que l’on admette dès le départ

qu’il existe une langue poétique et une langue prosaïque dont les lois sont différentes »

(V. Chklovski, 1916).

 

Principales thèses :

 

Il n’y a pas de poète, ni d’homme de lettre, il y a la poésie et la littérature.

L’histoire de la poésie est l’histoire du développement des procédés de la mise en forme verbale.

OPOIAZ étudie les lois de la production poétique.

Le principe qui établit le contenu ou l’objet du contenu doit être unique.

Ce principe étudie la littérature comme série spécifique de phénomènes.

L’école formelle étudie la littérature ICI et MAINTENANT , sans se préoccuper de la genèse des œuvres, de l’histoire des auteurs, des contextes. En effet la genèse constate le lien entre les phénomènes. Elle est écartée non parce qu’elle est inutile, mais parce qu’elle n’apporte aucune lumière du strict point de vue de l’œuvre.

C’est à cause de la priorité accordée aux données linguistiques et à leur formalisation que les membres des deux groupes seront qualifiés de « formalistes » par

leurs détracteurs.

L’analyse des « qualités intrinsèques du matériau littéraire » pose un problème de méthode, car la recherche universitaire ne s'y intéressait guère : elle était tournée vers

l’esthétique, la psychologie des personnages ou de l’auteur, ou encore les problèmes sociaux et politiques. Dans un premier temps, Chklovski proposa de rendre compte de l’agencement du texte littéraire en terme de « procédé » (priëm).  Dans un article au titre provocateur, « L’art comme procédé » (Iskusstvo kak priëm), paru en 1917 dans le deuxième volume des Recueils pour l’étude de la langue poétique, il commence par rappeler la théorie de la poésie du linguiste Alexandre Potebnia (1835-1891), d’inspiration symboliste. Pour celui-ci, la poésie est une pensée par images, et l’histoire de la poésie à travers les siècles se devait donc d’être une « histoire du changement de l’image ».

L’école formelle ne se réduit pas à l’analyse quantitative des propriétés étymologiques et syntaxiques des œuvres (elle ne serait alors qu’un outil)…MAIS cherche à construire une théorie et une histoire de la littérature comme science autonome (c’est là que réside son caractère révolutionnaire).

Cercle linguistique  [ Ecole] de Moscou (1915-1920)

Fondé à Moscou par des étudiants passionnés de dialectologie et de poésie folklorique.

Membres : des linguistes comme Roman Jakobson (1896-1984), qui en est le président, Piotr Bogatyriov (1896-1972) et Grigori Vinokour (1896-1947), mais aussi

des poètes, comme Maïakovski (1893-1930), Pasternak (1890-1960) et Mandelstam (1891-1938), ou encore des amateurs de poésie, comme Ossip Brik (1888-1945), juriste

de formation, qui devait contribuer de manière significative aux débats.

 

Importance de la découverte du texte du Cours de Linguistique Générale deattribué à Saussure dans lequel il est indiqué que tous les éléments d’une langue entrent en corrélation les uns avec les autres et constituent un « système », où la valeur de chaque terme se détermine du fait même des relations qu’il entretient avec tous les autres :

 

« la langue est un système dont tous les termes sont solidaires et où la valeur de

l’un ne résulte que de la présence simultanée des autres », écrit par exemple Saussure

dans son Cours de linguistique générale (Deuxième partie, chapitre IV).

 

La formalisation la plus aboutie de la notion de « système », appliqué à la description des textes littéraires, se trouve chez Tynianov, qui en fait la condition sine qua non d’une approche scientifique de la littérature : « Il faut convenir que l’oeuvre littéraire constitue un système et que la littérature en constitue également un. C’est uniquement sur la base de cette convention que l’on peut construire une science littéraire qui, ne se satisfaisant pas de l’image chaotique des phénomènes et des séries hétérogènes, se propose de les étudier » (dans « De l’évolution littéraire » (O literaturnoj evoljucii), 1927).

« Dans les premiers travaux de Chklovski, une oeuvre poétique était définie comme la somme de ses procédés artistiques (…). Avec les développements ultérieurs du formalisme, apparut la conception plus précise d’une oeuvre poétique comme système structuré, ensemble régulièrement ordonné et hiérarchisé de procédés artistiques » (Jakobson, Conférence sur les Formalistes, Université Masaryk, Brno, 1935).

Cercle linguistique de Prague (1926- 1930 [1939])

En 1926, une équipe de jeunes chercheurs russes (Roman Jakobson, Nikolaï Troubetzkoï) et tchèques (Vilem Mathesius, B. Trnka, J. Vachek) fonde le cercle linguistique de Prague. Distinguant la phonétique de la phonologie, la première étudiant les sons de la parole et la seconde les sons de la langue, ces chercheurs fondent la phonologie structurale qui conçoit la langue comme un système répondant à une fonction (la communication) et mettant en œuvre les moyens nécessaires pour assumer cette fonction. Dans les Principes de phonologie (publ. posth., 1939), N. Troubetzkoï définit le phonème comme la plus petite unité fonctionnelle, et l'opposition phonologique comme l'opposition phonique qui permet de distinguer deux unités sémantiques.

 

D'autres linguistes se joignent au cercle de Prague, comme le Britrannique Daniel Jones et les Français Émile Benveniste et André Martinet, qui sont les principaux propagateurs de ces thèses. 

Compte -rendu de thèse de Tatjana SCHEDRINA (déc. 2005)

a) 1. Bally et le Cercle linguistique de Prague.
J’ai déchiffré et j’ai analysé les lettres de R. Jakobson, S. Karcevski, N. Trubetzkoy adressées à Bally. J’ai fixé les tendances de l’analyse ultérieure des textes structuralistes du Cercle linguistique de Prague et de l’école linguistique de Saussure portant sur les problèmes phonologiques. En outre, j’ai examiné les possibilités de l’application des méthodes linguistiques et sémiotiques de Ch. Bally à l’étude des problèmes de l’ethnopsychologie contemporaine.
2. La reconstruction de la “conversation” «Špet – Bally – Jakobson».

b) La reconstruction historique des relations et des rapports (sur le plan existentiel, ainsi qu’intellectuel) existant entre Bally et les scientifiques russes travaillant dans le domaine des sciences humaines (en particulier, ceux qui travaillaient à GAHN). J’ai trouvé les sources et les fondements historiques de la “conversation” entre Bally et le Cercle linguistique de Prague. Le fait est que le Cercle linguistique de Prague se fondait sur les traditions du Cercle linguistique de Moscou et de GAXN qui ont été jetée en sa plus grande partie par Špet (il s’agit des discussions des problèmes de la forme intérieure et des «Fragments esthétiques» špetiens que R. Schor a appelé « son «nouveau système de la linguistique théorétique» »). C’est pourquoi dans le cadre de ce projet j’ai réalisé une reconstruction rationnelle du parallélisme intellectuelle entre Bally et Špet. La comparaison des conceptions de Bally et de Špet est devenu possible grâce aux documents trouvés dans les archives de A. Solovieva à Moscou (Salle de manuscrits de la Bibliothèque Nationale de Russie, fond 709) et de Bally à Genève. Etant élève de Špet et de Bally, Solovieva a correspondu avec le linguiste suisse et a présenté dans ses lettres certaines idées de Špet. J’ai déchiffré, j’ai saisie et j’ai traduit cette correspondance. Le résultat de ce travail est l’article «Les idées de Charles Bally dans la “conversation” scientifique russo-européenne», où je reconstruit deux “conversations”: entre Bally et Špet et entre Bally et Solovieva. J’y présente également les lettres de Solovieva à Špet qui se trouvent dans les archives personnelles du dernier et qui ont été mises à ma disposition par sa fille, Marina ?torkh. Ces lettres contiennent les notes des exposés, que Solovieva a faits à la section de la philosophie de GAXN et que je prépare à la publication. En travaillant sur la «conversation» Bally – GAXN, j’ai prêté mon attention de façon particulière à l’histoire de la traduction en russe du «Cours de la linguistique générale» écrit par F. de Saussure. Une partie de la traduction faite par A. Romme se trouve dans les archives de Bally. Mais je pense, qu’il faut s’appuyer sur la tradition qui existe dans l’étude de ce sujet dans les textes scientifiques russes. Je fais allusion à l’article écrit à ce sujet par M. Čudakova et publié dans un des fascicules de «Fedorovskie čtenija».
 

L'Ecole de Copenhague et la glossématique (1931 - )

Sur le modèle du cercle de Prague, L. Hjelmslev crée, en 1931, le cercle linguistique de Copenhague avec l'aide de Knud Togeby,. Ils ont repris de l'enseignement de F. de Saussure l'idée que la langue est une forme et non pas une substance, créant la glossématique (du grec glôssa signifiant «langue») et s'efforçant de construire une sorte d'algèbre de la langue considérée comme pur jeu de différences. Les Prolégomènes à une théorie du langage (1941) restent le texte le plus important. Dans cette approche épistémologique, seule la présentation du couple connotation/dénotation, reprise et transformée par Roland Barthes, a fait école. EN 1939 Jakobson rejoint l'Ecole de Copenhague jusqu'en 1942, date à laquelle il accepte un poste à la Columbia UNiversity (New York). Il y reste jusqu'en 1945 ou il aide à fonder le Department de Linguistique à Harvard, puis celui du MIT.