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STRUCTURES DU FRANÇAIS CONTEMPORAIN
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LES NIVEAUX DE LANGUE
Qu'est-ce que le français? Que recouvre effectivement la notion de "langue française" lorsque l'on dit "J'étudie (je parle, j'enseigne) le français"? Ou encore, dans quel cas peut-on dire de quelqu'un qu'il ne parle pas (ou parle mal) français"?
En France, d'une région à l'autre, les habitudes phonétiques, phonologiques (par exemple le [r] apical des Bourguignons, opposé au [R] dorsal de la majorité des Français) et les règles de grammaire standard ne sont pas les mêmes. Également, l'habitant du Nord de la France peut considérer le français parlé par un habitant du Sud comme "exotique", "régional", ou même incompréhensible.
A l'intérieur même de Paris, le français parlé par les habitants des Xllle et XXe arrondissements (quartiers considérés comme 'populaires'), est différent de celui qui est parlé par les habitants du XVle ou du Vlle arrondissement.
La langue française, en tant que telle, subit également des modifications dues au contact direct avec d'autres langues ("contamination"). En Alsace, par exemple, le verbe "nettoyer" se dit "putzer" par référence à l'allemand. Plus généralement, à toutes les époques, des mots étrangers sont entrés dans la langue française, avec ou sans modification. "Bifteck" est une 'naturalisation' du mot anglais
"beef steak", "ingénierie" du mot anglais "engineering"; par contre, des mots comme "marketing", "drugstore", "football" sont des importations directes. « Baladeur », « caméscope » etc. sont des néologismes destinés à résister à l’emprunt, naturalisé ou pas.Tout prouve que le français n'est pas une langue figée et homogène, mais qu'au contraire elle se modifie et évolue sans cesse. Ceci explique pourquoi on lui reconnaît plusieurs NIVEAUX.
I. LA LANGUE
La distinction principale, en français, se fait entre LA LANGUE ORALE et la LANGUE ECRITE.
En parlant, je dis: "On n'écrit pas comme on parle", par contre, si j'écris cette phrase, elle devient: "Nous n'écrivons pas comme nous parlons". "Nous" considéré comme plus correct, remplace "on" dans la langue écrite, etc. A l'intérieur de cette distinction fondamentale ECRIT/ORAL, il existe des sous-catégories:
ÉCRIT
1.La langue académique: -- la langue littéraire
-- langue des manifestations officielles <
2.La langue surveillée: -- langue juridique
-- langue administrative
-- langue scientifique
-- langue épistolaire
ORAL
1 .La langue familière: -- Langue courante de tous les jours
2. La langue populaire -- C'est une langue simplifiée qui dispose d'un vocabulaire limité (1500 à 3000 mots) et d'une syntaxe restreinte. Les nuances d'expression sont ainsi réduites au minimum et le peu de structures syntaxiques et morphologiques rend parfois les énoncés fautifs.
3. L’argot -- A l'origine une langue spécialisée utilisée par un segment anti-social de la société ('milieu'). Par extension, on appelle ainsi une langue très altérée, à structures non grammaticales et disposant d'un vocabulaire particulier.
4. Le jargon: -- Souvent confondu avec l'argot. En fait, il s'agit de la langue particulière d'une classe professionnelle ou sociale: le jargon des médecins, des avocats, etc.
D'une manière générale, la langue commune emprunte surtout à la langue familière, mais bien souvent, dans le discours, on retrouve ensemble des éléments empruntés à plusieurs niveaux de langue; ce qui prouve que ces distinctions ne sont pas rigides.
Toutefois, on peut dire que le bon usage correspond aux catégories de la langue écrite ; la langue familière correspondrait à l’usage. Les autres catégories sont considérées comme non standard.
En France, les couches sociales, beaucoup plus nombreuses et diversifiées qu'aux Etats-Unis, sont nettement distinctes. Ainsi, selon que l'on manifeste tel ou tel niveau de langue, on est aussitôt classé comme appartenant à tel ou tel groupe social. Le niveau de correction de la langue n'indique pas, dans une conversation, le degré de familiarité des interlocuteurs, mais leur appartenance à tel ou tel groupe social.
DISTINCTIONS ÉLÉMENTAIRES ENTRE LES NIVEAUX
Vocabulaire : Certains termes qui semblent des synonymes appartiennent en fait à des niveaux de langue différents:
épouse/femme; trépas / mort; courroux / colère ; se vêtir / s'habiller; convier / inviter; etc.
Morphologie: Dans la langue écrite on se sert généralement du PASSE SIMPLE, dans la langue orale on utilise bien souvent le PASSE COMPOSE
écrit: Je vins le voir
oral : J'ai été le voir / Je suis venu le voir
La langue parlée utilise plus le semi-auxiliaire ALLER pour former le FUTUR
écrit: Nous viendrons oral : Nous allons venir
La langue parlée évite les verbes de la 3e conjugaison en
-oir qui ont des bases verbales trop différentes au profit de créations lexicales sur le modèle de la première conjugaison en -er.Infinitif: émouvoir - Participe passé: ému Infinitif: émotionner - Participe passé: émotionné
Syntaxe: La langue écrite se sert de la subordination pour marquer les rapports logiques, la langue orale, bien souvent, les supprime:
écrit: Parce qu'il a plu hier, je ne suis pas sorti. oral: Il a plu hier, je ne suis pas sorti.
La langue écrite se sert du subjonctif après les verbes qui expriment négativement une pensée, la langue parlée se sert de l'indicatif futur:
écrit: Je ne pense pas qu'il vienne. oral: Je ne pense pas qu'il viendra.
Phonétique:
~
[o ] 4 [ ] ] saute / sotte [œ] 4 [« ] un / pain
pause / pose [œ] 4 [i ] peur/ peu
[
a] 4 [ a] pâte / patte [e] 4 [« ] serai / seraistâche / tache
-- [l] [R] disparaissent entre consonnes occlusives [k]
-- [li] devient une semi-consonne [j] « million »
-- [sm] 4 [zm] cynisme
-- disparition des liaisons optionnelles: le troi[z] avril
Accent prosodique 4 accent d’intensité (émotif)
\ \
Je le trouve très sympathique Je le trouve très sym-pathique
II.
CONDITIONS D'UTILISATIONIndépendamment du classement du français en "oral" et «écrit», et compte tenu du fait que la langue française est une langue vivante en constante évolution, il existe des particularités d'emploi dues à l'usage qui répondent à trois conditions d'utilisation:
- le temps,
- le type d'utilisateur,
- le type d'utilisation.
TEMPS
Le français, tel qu'on le trouve dans les textes de Rabelais était parfaitement compréhensible pour ses contemporains qui pouvaient également saisir le fait que l'auteur n'hésitait pas à créer un certain nombre de néologismes (les nouveaux mots). Pour nous, cependant, ces nuances ont disparu entre mots courants à l'époque et créations spécifiques. Toutefois, Rabelais était un grand novateur en matière de vocabulaire. Ainsi, en s'inspirant des dérivations en usage à son époque, à partir du mot "fouasse" (une sorte de galette ou pain plat), il tire "fouassier": celui qui fait des "fouasses". Le processus de dérivation en -ier pour désigner celui qui a un rapport avec un produit, une activité, un objet, était très usité à l'époque; ainsi, le nom marbre donne marbrier: celui qui travaille le marbre. Aujourd'hui, ce type de dérivation est moins utilisé et on préfère la dérivation en -eur; ainsi: avion, aviateur, etc. Pourtant le mot marbrier est encore utilisé; on a ainsi dans la langue française des traces de formations anciennes et des formations plus récentes. Ces mots anciens et ces formations grammaticales anciennes sont des archaïsmes.
Certains archaïsmes ne se retrouvent plus que dans des expressions toutes faites: - prendre la poudre d'escampette
- les neiges d'antan
- il est à sa merci
- de gré ou de force
- courir le guilledou.
Des structures grammaticales que l'on trouve dans les textes du XVIe ou du XVIIe siècle ne sont plus correctes aujourd'hui:
Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder en face. Il faut qu'absolument mon désir s'accomplisse.
De même, la langue étant en constante évolution, on voit apparaître de nouveaux mots qui correspondent à de nouvelles réalités (techniques ou autres). Ainsi, les mots suivants sont-il le résultat de nouveautés technologiques; ce sont des néologismes lexicaux:
- un supersonique - un logiciel - un lecteur de disquette - un satellite - une imprimante - un astronaute - un cosmmonaute
- un spationaute - une chaîne hifi - un téléviseur - le blanchiment
- un magnétoscope - un nominé - surligner - un camescope
Le néologisme n'est pas limité aux seuls mots, il arrive aussi que le néologisme porte sur la structure syntaxique et soit donc ainsi considéré par les puristes de langue comme "une faute". J'ai déjà cité le cas du verbe émotionner, citons aussi "être en phase avec quelqu'un".
II existe aussi, en face de ces créations nouvelles, une réutilisation de termes qui avaient vieilli et qui sont repris dans un sens nouveau. Le mot communauté qui n'était plus guère employé que pour décrire le type de vie en commun menée par les moines ou pour décrire l'association des pays européens (La Communauté Européenne), a été réactualisé en français dans les années 60; ce mot qui datait du Moyen-Age a servi à décrire le type de vie menée, par exemple, par les "hippies"; dans cet emploi, il est redevenu d'usage courant. De même le mot chemin, qui, dans le vocabulaire informatique signifie un ensemble de fichiers réunis dans le même ensemble de mémoire. A l'inverse, certains termes conservent seulement un sens parmi tous les sens qu'ils peuvent avoir (polysémie) et les autres disparaissent complètement. Ainsi, dans l'édition du dictionnaire Le Petit Larousse de 1961, 700 sens de mots conservés ont été supprimés et 5000 mots ont été purement et simplement éliminés par rapport à l'édition précédente.
Dans certains cas, le mot a été amputé d'un sens qui a été donné à un autre mot. Ainsi, au XVIIIe siècle, on utilisait le terme manufacture opposé au mot atelier. La manufacture était un endroit où travaillaient de nombreux employés alors que dans l'atelier, il n'y avait que quelques personnes. On a ainsi la manufacture des Gobelins (tapis), la manufacture de Sèvres (porcelaine). Le XIXe siècle introduit la notion de fabrique pour indiquer que le travail n'est plus fait à la main mais avec des machines (le radical
manu- [main] de manufacture n'était donc plus approprié). Le XXe siècle invente le terme usine pour indiquer un type de production industrielle et on voit apparaître les dérivations: usiner, usinage, comme on avait dérivé fabriquer et fabrication au XlXe siècle. Remarquons, en passant, que le processus de dérivation n'est pas le même: au XIXesiècle on utilise le suffixe en -ation et au XXe siècle, le suffixe en -age pour indiquer l'action qui s'accomplit.
Ce changement de mot usuel est aussi vrai pour les expressions. A une certaine époque on utilisait l'expression "C'est chic!" pour indiquer que quelque chose était très bien. Rapidement, cette expression a pris une valeur morale destinée a décrire "une belle action": "C'est très chic de sa part d'avoir...". En conséquence l'expression s'est dévalorisée et on l'a remplacée par "c'est bath" (40), "c'est dans le vent" (50), "c'est extra" (60), "c'est super" , "c'est chouett"' (70). Aujourd'hui on préfère, chez les jeunes, des expressions construites avec le préfixe hyper qui indique le superlatif: "c'est hyperdingue!!". D'autres changement dus au temps sont le résultat d'une contamination par une langue étrangère (en général l'anglais), on les appelle des emprunts. Ces mots sont repris tels quels à la langue étrangère ou sont naturalisés:
- naturalisé: un bifteck (beefsteak), un breaker (break dancer), un disc-jockey
- tel quel: un jean, un sponsor, le rap, le jogging, cocooning, sushi, pole position
UTILISATEUR
Un certain nombre de caractéristiques du parler individuel (de la PAROLE, donc) tiennent à certaines surdéterminations liées à la personne:
- GÉOGRAPHIQUE: Tout d'abord, même parfois chez les gens cultivés, on constate qu'il y a une certaine persistance de l'accent de la région d'origine. Mais plus la catégorie socio-culturelle du locuteur est élevée, plus les racines géographiques disparaissent.
- SOCIALE: Comme je l'ai déjà indiqué, une meilleure éducation implique un degré de sophistication linguistique plus élevé et une meilleure maîtrise de la langue. On a également remarqué que chez les enfants des classes sociales privilégiées, les structures syntaxiques sont plus complexes que chez les enfants des autres milieux. Cet avantage est présumément dû à une pratique orale plus développées dans les premières années de la formation linguistique.
- BIOLOGIQUE: L'âge, le sexe de la personne jouent également un rôle tout particulièrement dans le choix des clichés mélioratifs ou péjoratifs (jurons, images, etc.). Selon le sexe de la personne les conditions physiologiques des articulateurs peuvent varier en fonction d’un environnement médical, sanitaire, etc.
LES CONDITIONS D'UTILISATION
Les circonstances immédiates, le cadre, le type de relation entretenue entre le locuteur et l'adlocuteur, ont une importance fondamentale et pour une partie importante ces constituants pragmatiques déterminent le type de langue utilisée.
Ainsi le mot anglais « speaker » peut se rendre en français avec des termes variés déterminés par le contexte dans lequel le terme apparaît : « locuteur », « parleur », « intervenant ». « conférencier », etc.
Il fgaut aussi noter que la structure de la phrase est destinée à changer selon le type de rapport interpersonnel. Le linguiste américain Martin Joos a ainsi distingué 5 modes de relation entre deux interlocuteurs (dans une situation de classe):
Guindé (Frozen) Je vous serai reconnaissant de bien vouloir vous taire Mlle Une telle (Unetelle).
Recherché (Formal) Voudriez-vous bien vous taire Mlle Une telle.
Moyen (Consultative) Voulez-vous vous taire Mlle Une telle. (Colloquial )
Familier (Casual) Mlle Une telle, taisez-vous!
Intime (Intimate) Charlotte, tais-toi!
Il convient, bien sûr, d'adapter ces différents niveaux aux différents niveaux de langue étudiés dansla première partie :le niveau familier pouvant évidemment devenir plus populaire ou argotique.
D'un point de vue plus général, il faut donc remarquer que la langue française comporte des modèles d'utilisation très stricts et que tout changement apporté à ces structures produit un effet stylistique qui est analysable et qui peut avoir une valeur expressive. Toute variation est stylistiquement significative d'un point de vue DÉNOTATIF ou CONNOTATIF.