Le vers libre   ( CVocabulaire de la Stylistique, Jean Mazaleyrat, éd. , Paris : PUF, 1989)

 

L'appellation vers libre ne peut plus, depuis les créations de la poésie moderne, s'appliquer sans ambiguïté au mélange de vers réguliers rimés et organisés en combinaisons variables de mètres et de rimes qui caractérise par exemple les Fables de La Fontaine. On adoptera plutôt pour les désigner le nom de vers mêlés, d'ailleurs autorisé par la tradition classique. Et on réservera le nom de vers libre à la forme issue des recherches du xixe et du xxe siècle.

 

Cette forme est celle de vers sans règles ni de structure ni de groupement. Le statut métrique de chacun dépend de son aptitude à s'établir en structures rythmiques perceptibles soit comme ensemble autonome par le rapport des mesures ou combinaisons de mesures qui le composent (structure interne), soit comme partie d'un ensemble par son rapport global avec les vers voisins (structure externe). La structure interne du vers est fondée sur les relations numériques ou sonores de ses mesures entre elles; la structure externe, sur les relations numériques ou sonores des vers entre eux, par rapports de mètres ou récurrences de sonorités.

 

Aucune règle ne préside aux relations numériques ou sonores, internes ou externes, ainsi définies : il faut et il suffit qu'elles soient perceptibles pour que les segments verbaux intéressés soient créés et reçus comme vers. Il va de soi que ces opérations aboutissent la plupart du temps à des formes métriques connues, puisque ces formes, surtout depuis l'assouplissement du vers réglé en vers libéré, couvrent presque tous les rapports concevables.